La mousse grise brûle

Publisher: 
Year: 
1991

The novel Grámosinn glóir, translated to French by Régis Boyer. An Extract from the book was published in Programme des Boréales de Normandie, 1er Festival d'art et de littérature nordiques by Régis Boyer, p. 29.

From La mousse grise brûle:

La femme trottinait derrière l'homme, par le sentier à moutons. Quelques moutons cessèrent de paître etrles regardèrent. L'homme cheminait si vite que la femme, enceinte, avait peine à le suivre sur le sentier serpentant et boueux, parmi les touffes d'herbe. Parfois, elle glissait dans les flaques. Ses chaussures étaient trempées et ses bas clapotaient par-dessus. Elle ne comprenait pas où il allait, elle se contentait de le suivre. Peut-être n'avait-elle jamais su qui il était, cet homme sombre. Elle voyait sa carrure lourdaude, ces épaules grossières, un peu affaissées; cuisses lourdes et larges, il progressait en barbotant sur ses jambes courtes. Cheveux pendants dans la mince ouverture du col étroit, nuque vaste, bouffie. Elle n'avait pas coutume de l'entendre lui dire ce qu'il avait en tête.

Ils ne voyaient plus, maintenant, les chevaux qu’ils avaient laissés au bord du lac, sur le promontoire qui se terminait en un banc de sable bas.

Elle se mit à entendre le babil du cours d’eau, estrangement insinuant et calme dans toute cette precipitation. Comme s’il présageait une espèce de solution. Elle avait perdu le soufflé et son fardeau, en elle, s’était mis à lui peser. Une pente herbeuse succéda au sol hérissé de touffes. Elle glissa dans la montée et faillit tomber; et s’agrippa à l’homme pour éviter la chute. Pourtant, il ne se retourna pas. Elle ne l’avait pas regardé en face depuis qu’ils étaient parties sur leurs chevaux.

En haut de la pente, le chemin descendait dans un vallon où le cours d’eau sélargissait pour déferler d’un palier rocheux et rencontrer un tombait dans un étang. Il y avait un petit terrain bas avec de l’osier sur la rive, du bec-de-grue. Elle ne le regarda jamais en face. Et peut-être meme pas quand il l’empoigna et la précipita dans ll’étang, et l’y maintint. Et le cri étouffé de ses autor de ses poings; qui continua de sourdre jusqu’à ce qu’il se perdît quelque part dans le lac, bien avant de parvenir aux chevaux qui continuaient de paitre sur le promontoire.

Et les oies sauvages qui se dandinaient piusement à la pointe du banc de sable.

Sur le lac, au loin, nageaient trios cygnes, deux ensemble, et un, un peu plus loin.

Quand enfin il revint à lui-même et retrouva ses spirit, Jon Jonsson l’assassin eut l’impression tant était la façon don’t s’élevait au-dessus de l’eau la haute coupole du ventre de la femme. Plus tard il lui sembla qu’il avait eu du mal à lâcher sa bien-aimée après qu’elle eut été morte.

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